17 mai 2012

les marionnettes vues par Anatole France

En illustration de notre album photos du dimanche 13 Mai (voir dans colonne de droite)

En furetant ici et là, il m'arrive de trouver quelque texte purement inconnu. Ainsi, il y a déjà quelques temps, lors de recherches qui n'avaient aucun rapport avec le Salon des Poètes, si ce n'est la littérature, j'ai découvert le tome III de la Vie Littéraire écrit par Monsieur Anatole France (1844/1924) et édité à l'époque chez Messieurs Calmann-Lévy éditeurs. J'en ai extrait ce passage :


HROTSWITHA AUX MARIONNETTES.
J'en ai déjà  fait l'aveu: j'aime les marionnettes, et celles de M. Signoret me plaisent singulièrement. Ce sont des artistes qui les taillent; ce sont des poètes qui les montrent. Elles ont une grâce naïve, une gaucherie divine de statues qui consentent à  faire les poupées, et l'on est ravi de voir ces petites idoles jouer la comédie. Considérez encore qu'elles furent faites pour ce qu'elles font, que leur nature est conforme à  leur destinée, qu'elles sont parfaites sans effort.
J'ai vu, certain soir, sur un grand théâtre, une dame de beaucoup de talent et tout à  fait respectable qui, habillée en reine et récitant des vers, voulait se faire passer pour la soeur d'Hélène et des célestes Gémeaux. Mais elle a le nez camard, et j'ai connu tout de suite à  ce signe qu'elle n'était pas la fille de Léda. C'est pourquoi elle avait beau dire et beau faire, je ne la croyais pas. Tout mon plaisir était gâté. Avec les marionnettes, on n'a jamais à  craindre un semblable malaise. Elles sont faites à  l'image des filles du rêve. Et puis elles ont mille autres qualités que je ne saurais exprimer tant elles sont subtiles, mais que je goûte avec délices. Tenez, ce que je vais dire est à  peu près inintelligible; je le dirai tout de même parce que cela répond à  une sensation vraie. Ces marionnettes ressemblent à  des hiéroglyphes égyptiens, c'est-à -dire à  quelque chose de mystérieux, et de pur, et, quand elles représentent un drame de Shakespeare ou d'Aristophane, je crois voir la pensée du poète se dérouler en caractères sacrés sur les murailles d'un temple. Enfin, je vénère leur divine innocence et je suis bien sûr que, si le vieil Eschyle, qui était très mystique, revenait sur la terre et visitait la France à  l'occasion de notre Exposition universelle, il ferait jouer ses tragédies par la troupe de M. Signoret.
J'avais à  coeur de dire ces choses, parce que je crois, sans me flatter, qu'un autre ne les dirait pas, et je soupçonne fort que ma folie est unique. Les marionnettes répondent exactement à  l'idée que je me fais du théâtre, et je confesse que cette idée est particulière. Je voudrais qu'une représentation dramatique rappelât en quelque chose, pour rester véritablement un jeu, les boîtes de Nuremberg, les arches de Noé et les tableaux à  horloge. Mais je voudrais aussi que ces images naïves fussent des symboles, qu'une magie animât ces formes simples et que ce fût enfin des joujoux enchantés. Ce goût semble bizarre; pourtant, il faut considérer que Shakespeare et Sophocle le contentent assez bien.
Les marionnettes nous ont donné dernièrement une comédie qui fut écrite au temps de l'empereur Othon, dans un couvent de la Saxe, à  Gandersheim, par une jeune religieuse nommée Hrotswitha, c'est-à -dire la Rose blanche, ou plutôt la Voix claire, car les savants hésitent, et le vieux saxon ne se lit pas très facilement, ce dont vous me voyez désolé.
En ce temps-là  la figure de l'Europe était brumeuse et chevelue. Les choses étaient sombres, les âmes rudes. Les hommes, vêtus de chemises d'acier et coiffés de casques pointus qui leur donnaient l'air de grands brochets, s'en allaient tous en guerre et ce n'était dans la chrétienté que coups de lance et d'épée. On bâtissait des églises très sombres, décorées de figures épouvantables et touchantes comme en font les petits enfants quand ils s'efforcent de représenter des hommes et des animaux. Les vieux tailleurs de pierre du temps de l'empereur Othon et du roi Louis d'Outre-mer avaient, comme les enfants, toutes les surprises et toutes les joies de l'ignorance. Aux chapiteaux des colonnes, ils mettaient des anges dont les mains étaient plus grosses que le corps parce qu'il est très difficile de faire tenir cinq doigts dans un petit espace, et ces mains n'en étaient pas moins quelque chose de merveilleux. Aussi devaient-ils être satisfaits, ces bons imagiers, en contemplant leur ouvrage qui ne ressemblait à  rien et faisait penser à tout.
Les gros oiseaux, les dragons et les petits hommes monstrueux de la sculpture romane, ce fut avec les enluminures féroces, pleines de diableries, des manuscrits, tout ce que Hrotswitha put connaître de la beauté des arts. Mais elle lisait Térence et Virgile dans sa cellule, et elle avait l'âme douce, riante et pure. Elle composait des poèmes qui rappellent quelque peu ces anges dont les mains étaient plus grandes que les corps, mais qui nous touchent par je ne sais quoi de candide, d'innocent, et d'heureux.
C'était, pour ces femmes enfermées dans un monastère, un grand amusement que de jouer la comédie. Les représentations dramatiques étaient fréquentes dans les couvents de filles nobles et lettrées. Ni décors ni costumes. Seulement des fausses barbes pour représenter les hommes. Hrotswitha composa des comédies qu'elle jouait sans doute avec ses soeurs; et ces pièces, écrites dans un latin un peu mièvre et court, assez joli, sont bien les plus gracieuses curiosités dont puisse s'amuser aujourd'hui un esprit ouvert aux souffles, aux parfums, aux ombres du passé.
C'était une honnête créature, que Hrotswitha; attachée à  son état, ne concevant rien de plus beau que la vie religieuse, elle n'eut d'autre objet, en écrivant des comédies, que de célébrer les louanges de la chasteté. Mais elle n'ignorait aucun des périls que courait dans le monde sa vertu préférée, et son théâtre nous montre la pureté des vierges exposées à  toutes les offenses. Les légendes pieuses qui lui servaient de thème fournissaient à  cet égard une riche matière. On sait quels assauts durent soutenir les Agnès, les Barbe, les Catherine et toutes ces épouses de Jésus-Christ qui mirent sur la robe blanche de la virginité la rose rouge du martyre. La pieuse Hrotswitha ne craignait pas de dévoiler les fureurs des hommes sensuels. Elle les raillait parfois avec une gaucherie charmante. Elle nous montre, par exemple, le païen Dulcitius prêt à  se jeter comme un lion dévorant sur trois vierges chrétiennes dont il est indistinctement épris. Par bonheur, il se précipite dans une cuisine, croyant entrer dans la chambre où elles sont renfermées. Ses sens s'égarent, et, dans sa folie, c'est la vaisselle qu'il couvre de caresses. Une des jeunes filles l'observe à  travers les fentes de la porte et décrit à  ses compagnes la scène dont elle est témoin.
"Tantôt, dit-elle, il presse tendrement les marmites sur son sein, tantôt il embrasse des chaudrons et des poèles à  frire et leur donne d'amoureux baisers... Déjà  son visage, ses mains, ses vêtements sont tellement salis et noircis qu'il ressemble tout à  fait à  un Ethiopien."
C'est là  sans doute une peinture des passions que les religieuses de Gandersheim pouvaient contempler sans danger. Mais parfois Hrotswitha donne au désir un visage plus tragique. Son drame de Callimaque est plein, dans sa sécheresse gothique, des troubles d'un amour plus puissant que la mort. Le héros de la tragédie, Callimaque, aime avec violence Drusiana, la plus belle et la plus vertueuse des dames d'Ephèse. Drusiana est chrétienne: prête à  succomber, elle demande au Christ qu'il la sauve. Et Dieu l'exauce en la faisant mourir. Callimaque n'apprend la mort de celle qu'il aime qu'après qu'on l'a ensevelie. Il va la nuit, dans le cimetière; il ouvre le cercueil, il écarte le linceul. Il dit:
-Comme je t'aimais sincèrement! Et toi, tu m'as toujours repoussé! Toujours tu as contredit mes voeux.
Puis, arrachant la morte à  son lit de repos, il la presse dans ses bras en poussant un horrible cri de triomphe:
-Maintenant elle est en mon pouvoir!
Callimaque devient ensuite un grand saint et n'aime plus que Dieu. Il n'en avait pas moins donné aux vierges de Gandersheim un effroyable exemple du délire des sens et des troubles de l'âme. Les religieuses du temps d'Othon le Grand ne mettaient pas assurément leur pureté sous la garde de l'ignorance: deux des pieuses comédies de leur soeur Hrotswitha les transportaient en imagination dans les cloîtres du vice. Je veux parler de Panuphtius et de cet Abraham dont les marionnettes de la rue Vivienne nous ont donné deux représentations. On voit, dans l'un et l'autre de ces drames tirés de l'hagiographie orientale, un saint homme qui n'a point craint de se rendre chez une courtisane pour la ramener au bien.
C'était assez l'usage des bons moines d'Egypte et de Syrie, qui devançaient ainsi de plusieurs siècles les prédications du bienheureux Robert d'Arbrissel. Le Panuphtius de la poétesse saxonne est un bon copte du nom de Paphnuti, que M. Amélineau, de qui nous nous entretiendrons bientôt, connaît intimement. Quant à  saint Abraham, c'est un anachorète de Syrie dont la vie a été écrite en syriaque par saint Ephrem.
Etant vieux, il vivait seul dans une petite cabane, lorsque son frère mourut, laissant une fille d'une grande beauté, nommée Marie. Abraham, assuré que la vie qu'il menait serait excellente pour sa nièce, fit bâtir pour elle une cellule proche de la sienne, d'où il l'instruisait par une petite fenêtre qu'il avait percée.
Il avait soin qu'elle jeûnât, veillât et chantât des psaumes. Mais un moine, qu'on croit être un faux moine, s'étant approché de Marie pendant que le saint homme Abraham méditait sur les saintes Ecritures, induisit en péché la jeune fille, qui se dit ensuite:
-Il vaut bien mieux, puisque je suis morte à  Dieu, que j'aille dans un pays où je ne sois connue de personne.
Et, quittant sa cellule, elle s'en alla dans une ville voisine qu'on croit être Edesse, où il y avait des jardins délicieux et de fraîches fontaines, et qui est encore aujourd'hui la plus agréable des villes de Syrie.
Cependant le saint homme Abraham était plongé dans une méditation profonde. Sa nièce était déjà  partie depuis plusieurs jours quand, ouvrant sa petite fenêtre, il demanda:
-Marie, pourquoi ne chantes-tu plus les psaumes que tu chantais si bien?
Et, ne recevant pas de réponse, il soupçonna la vérité et s'écria:
-Un loup cruel a enlevé ma brebis!
Il demeura dans l'affliction pendant deux ans; après quoi, il apprit que sa nièce menait une mauvaise vie. Agissant avec prudence, il pria un de ses amis d'aller à  la ville pour reconnaître exactement ce qui en était. Le rapport de cet ami fut qu'en effet Marie menait une très mauvaise vie. A cette nouvelle, le saint homme pria son ami de lui prêter un habit de cavalier et de lui amener un cheval; et, ayant mis sur sa tête, afin de n'être point reconnu, un grand chapeau qui lui couvrait le visage, il se rendit dans l'hôtellerie où on lui avait dit que sa nièce était logée. Il jetait les yeux de tous côtés pour voir s'il ne l'apercevrait point; mais, comme elle ne paraissait pas, il dit à l'hôtelier en feignant de sourire:
-Mon maître, on dit que vous avez ici une jolie fille. Ne pourrais-je pas la voir?
L'hôtelier, qui était obligeant, la fit appeler, et Marie se présenta dans un costume qui, selon la propre expression de saint Ephrem, suffisait à  révéler sa conduite. L'homme de Dieu en fut pénétré de douleur. Il affecta pourtant la gaieté et commanda un bon repas. Marie était, ce jour-là , d'une humeur sombre, et la vue de ce vieillard, qu'elle ne reconnaissait pas, car il n'avait point tiré son chapeau, ne la tournait nullement à  la joie. L'hôtelier lui faisait honte d'une si méchante attitude, et si contraire aux devoirs de sa profession; mais elle dit en soupirant:
-Plût à  Dieu que je fusse morte il y a trois ans!
Le saint homme Abraham s'efforça de prendre le langage d'un cavalier comme il en avait pris l'habit:
-Ma fille, dit-il, je viens ici non pour pleurer tes péchés, mais pour partager ton amour.
Mais, quand l'hôtelier l'eut laissé seul avec Marie, il cessa de feindre et, levant son chapeau, il dit en pleurant:
-Ma fille Marie, ne me reconnaissez-vous pas? Ne suis-je pas Abraham qui vous ai tenu lieu de père?
Il lui toucha la main et l'exhorta toute la nuit au repentir et à  la pénitence. Surtout craignant de la désespérer, il lui répétait sans cesse:
-Ma fille, il n'y a que Dieu d'impeccable!
Marie avait l'âme naturellement douce. Elle consentit à  retourner auprès de lui. Elle voulait emporter ses robes et ses bijoux. Mais Abraham lui fit entendre qu'il était plus convenable de les laisser. Il la fit monter sur son cheval et la ramena aux cellules où ils reprirent tous deux leur vie passée. Seulement le saint homme prit soin, cette fois, que la chambre de Marie ne communiquât point avec le dehors et qu'on n'en pût sortir sans passer par la chambre qu'il habitait lui-même, moyennant quoi, avec la grâce de Dieu, il garda sa brebis. Le judicieux Tillemont non seulement rapporte ces faits dans son histoire, mais encore en établit exactement la chronologie. Marie pécha avec le faux moine et s'engagea dans une hôtellerie d'Edesse en l'an 358. Elle fut ramenée dans sa cellule en l'an 360, et elle y mourut saintement après une vie pleine de mérites en 370. Ce sont là  des dates précises. Les Grecs célèbrent le 29 d'octobre la fête de sainte Marie la Recluse. Cette fête est marquée dans le Martyrologe romain au 16 de mars.
Sur ce sujet, la Rose blanche de Gandersheim, dans le dessein de montrer le triomphe final de la chasteté, a fait une comédie pleine à  la fois de naïveté et d'audace, de barbarie et de subtilité, et que pouvaient seules représenter les religieuses saxonnes du temps d'Othon le Grand et les marionnettes de la rue Vivienne.

 

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14 avril 2011

Art poétique : connaissez-vous les centons ?

Bien entendu, cet article va passionner les membres du Groupe d'études, et les autres...
Dans la Rome impériale on appelait centon les morceaux de tissu dépareillés que les légionnaires cousaient l’un à l’autre afin de se fabriquer un sous-vêtement. (Ces centons n'ont rien à voir avec les santons des crèches provençales). Par la suite on nomma centon un jeu littéraire qui consistait à composer un poème original en partant de vers empruntés à l’œuvre de poètes différents.

- Un exemple ?
- Avec l’aide de vers empruntés à 9 poètes voici un sonnet intitulé : "les beaux étés sans toi"

 

 

Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre (1)

Où jadis, pour m’entendre, elle aimait à s’asseoir (2)

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir (3)

L’air est parfois si doux qu’on ferme la paupière. (4)

 

Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme (5)

Embaumant les jardins et les arbres d’odeurs. (6)

Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs (2)

D’autres vont maintenant passer où nous passâmes. (2)

 

Aux regards d’un mourant, le soleil est si beau ! (7)

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau (8)

Que ne m’est-il permis d’errer parmi les ombres ? (9)

 

Maintenant, ô mon Dieu, que j’ai ce calme sombre (10)

Il n’est rien de commun entre la terre et moi (11)

Hélas ! en te perdant, j’ai perdu plus que toi ! (12)

 

1 - Lamartine Le lac

2 - Hugo Tristelle d’Olympio

3 - Beaudelaire Harmonie du soir

4 - Rimbaud Roman

5 - Albert Samain Il est d’étranges soirs

6 - Ronsard Comme on voit sur la branche

7 - Lamartine L’Automne

8 - Marceline Desbordes-Valmore Les Séparés

9 - La Fontaine Adonis

10 - Hugo A Villequier

11 - Lamartine L’Isolement

12 - Boileau A Iris

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23 mars 2011

Les 7 dialogues de Jean Cocteau avec le Seigneur inconnu qui est en nous

J'ai eu envie de partager avec vous ce texte magnifique et méconnu de Jean Cocteau où il fait l'éloge de la Poésie ; prenez du temps pour le savourer, reprenez-le plusieurs fois si nécessaire, lisez-le dialogue par dialogue. J'ai assisté à une scénographie de ce texte et cela était superbe.

PREMIER DIALOGUE

Comme je demandais : Seigneur n'userez-vous pas de nos mains pour vous construire un Temple, car si vous ne construisez pas un Temple, où pourrons-nous consacrer votre règne ? Il répondit : je construirai ce Temple mais vous ne le verrez pas, car il sera fait de chiffres et les chiffres deviendront des nombres si vous en êtes dignes et ce Temple aura nom : Poésie, car il ne saurait avoir d'autre nom. Et je disais : Comment le reconnaitre et ne pas le confondre avec un Temple d'idoles car leur adresse est grande à simuler la splendeur ? Il répondit : Mon Temple n'affichera pas de splendeurs et il n'existera que par votre volonté qu'il existe et nul autre architecte ne serait capable de l'édifier en un lieu . Je vous le répète il ne prendra ses assises sur aucun lieu sauf sur celui de votre Science et de votre Amour. Et sans votre Science le Temple ne peut s'édifier et sans votre Amour, il tomberait en poussière en admettant qu'une science feinte le puisse édifier en un lieu. Et comme je lui demandais : Qui nous enseignera cette Science ? il répondit : Cette Science est en vous mais elle dort et c'est à votre Amour de la réveiller d'un sommeil de mauvais rêves et lorsque vous l'aurez réveillée elle vous sourira et se lèvera de sa couche de nuages et elle bâtira le Temple que vous nommerez Poésie parce qu'il ne saurait avoir d'autre nom.

DEUXIEME DIALOGUE

Il dit : Car ce Temple sera un livre et ce livre le registre où je fais mes comptes, le registre de ma comptabilité. Malheur à ceux qui faussent les chiffres du livre car ils n'entreront jamais dans mon règne et jamais n'entreront dans mon règne ceux qui auront ri du livre, ceux qui auront jeté le livre , ceux qui se seront assis à ma droite pour insulter leurs frères qui ont écrit dans le livre. Car il n'y a ni gauche ni droite et qui prétendrait s'asseoir à ma droite fausserait les chiffres et les fausserait par orgueil. N'entreront pas dans mon règne ceux qui faussent les chiffres à leur profit et cherchent à s'enrichir en ajoutant aux chiffre le zéro qui les engloutira dans sa bouche. Je vous le dis, Jean a mangé le livre à Patmos de peur que le livre ne le mange. Car il y a des livres qui mangent les Hommes et mon livre vous mangera mais à seule fin de consommer votre méta-morphose. Car vous deviendrez chiffres et nombres et vous serez les colonnes du Temple qui portera le nom Poésie parce qu'il ne saurait porter d'autre nom.

TROISIEME DIALOGUE

Et comme je demandais s'il me serait possible de recevoir quelque lumière sur la science qui nous fera bâtir le Temple, il dit : Ne cherchez pas toujours à comprendre ni à savoir. Je vous guiderai d'abord et vous saurez ensuite. Et à quoi servirait-que je vous dise ce qu'il faudra prendre de la boue et des chiffres et de ces chiffres et de cette boue faire un amalgame dont les vertus ridiculisent celles de l'or. A quoi servirait-il d'apprendre que le poème n'est pas un automate en qui quelque magicien fixe une seule pensée mais un organisme apte à mettre au monde des significations. Et vous servirait-il de savoir que ces significations sont innombrables, qu'elles échappent aux ouvriers du Temple et que le Temple seul pourrait leur révéler le secret final de leur besogne. A quoi servirait-il d'apprendre que le hasard résulte de l'infirmité des Hommes et qu'il n'est que le reflet des joyaux de ma couronne. Je vous le dit : Ne cherchez pas à quel usage je destine ce Temple et quelle sera votre tâche, car votre tâche sera celle d'aveugles et le Temple se nommera Poésie parce qu'il ne saurait porter d'autre nom.

QUATRIEME DIALOGUE

Et comme je demandais: Suis-je digne d' être un de ceux qui écriront des chiffres dans le livre ? Il dit : En vérité il n' y a ni passé, ni présent, ni futur et ceux qui écriront des chiffres dans le livre les ont toujours écrits et les écriront toujours. Vous avez écrit des chiffres dans le livre et je vous ai rendu invisible pour protéger le livre, et je vous ai rendu visible pour qu' on puisse vous bafouer, car si vous n' étiez pas bafoué, les chiffres s' effaceraient d' eux-mêmes dans le livre et vous n' y auriez rien écrit. Et comme je demandais : Me suis-je souvent rendu coupable de me croire libre de désobéir à vos ordres ? Il dit : Qui donc n' a pas désobéi à des ordres ? C' est le rôle des enfants, des poètes et des héros de désobéir à des ordres et c' est pour la désobéissance que l' obéissance est faite, et l' esprit souffle à l' esprit de désobéir. Car si vous n' étiez qu' obéissance vous vous remueriez pour bien des choses alors qu' il importe de comprendre la minute où le Maître exige la désobéissance et vous ordonne secrètement de quitter votre humble besogne afin de vous asseoir à ses genoux. Et ceux qui refusent de désobéir vous reprocheront de les quitter sans tourner la tête, car si vous tournez la tête, vous désobéirez à la désobéissance et cet acte vous changerait en statue de sel. Et si vous n' obéissez pas à l' ordre de désobéir vous resterez esclaves du deux et deux font quatre qui fait rire mes anges, et vous ne pourrez pas être un des ouvriers du Temple, mais seulement construire une de ces tristes casernes où vivent les morts.

CINQUIEME DIALOGUE

Et comme je ne voyais plus rien et n'entendais plus rien, et comme le silence ressemblait au silence et le vide au vide, j'interrogeai le vide et le silence. Et j'entendis : je suis le vide et le silence et il n'y a ni vide ni silence et le Temple sera fait de vide et de silence car votre vide n'est pas vide et votre silence n'est pas silence. Et à quoi servirait-il le livre des chiffres s'il s'agissait d'orner le vide et le silence ? Je vous le dis : ils n'aiment que l'ornementation et de cette ornementation rien ne reste dans le livre et ceux qui croient avoir peuplé le livre apprendront qu'ils n'ont rien écrit et que les chiffres du livre sortent du vide et du silence comme mes serviteurs apparaissent et disparaissent aux yeux humains, parce qu'ils ne viennent pas de l'espace, mais du temps et que ce n'est dans l'espace mais dans le temps qu'ils s'en retournent. Et ni le temps, ni l'espace ne peuvent exister l'un sans l'autre, et ni l'un ni l'autre n'existent. Et parce que vous avez deviné beaucoup de ces choses obscures, je vous parle encore et vous annonce que vos chiffres serviront à construire le Temple et qu'ils se nommera Poésie parce qu'il ne saurait porter d'autre nom.

SIXIEME DIALOGUE

 Et comme je demandais s'il ne fallait pas craindre certains vocables qui risquent d'être soufflés par une force maligne, il dit : " Dans mon règne on ne juge pas, on pèse. Et vos actes s'y poursuivent sous une forme sans le moindre rapport avec celles que leur attribuent les humains. Votre tribunal fait rire mes anges car pureté, c'est unité et le mal n'existe que si l'unité se divise, et je suis trois en un, et au milieu de ce triangle il y a un oeil qui vous regarde."

SEPTIEME DIALOGUE

 Et j'entendis le rire des anges. C'était l'envers du silence et leur troupe nidifiait sur les corniches du Temple, et le Temple s'appelait Poésie parce qu'il ne pouvait avoir d'autre nom.

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06 mars 2011

Hommage à une grande Dame, Andrée Chedid

Dimanche 6 Février, une grande Dame nous a quitté, après une vie bien remplie, à l'âge de 91 ans : Andrée Chedid.

Il est impossible de citer son oeuvre tellement elle fut immense dans le domaine de la poésie, des romans et nouvelles, des récits, du théatre. Née au Caire et d'origine libanaise elle est un véritable exemple pour la Francophonie, quoique pratiquant plusieurs langues ; on peut se reporter à sa biographie parue chez Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9e_Chedid

Les hommages rendus ont été unanimes et nombreux. A cette occasion, Télérama publia par un blog ( http://www.telerama.fr/livre/un-poeme-pour-saluer-andree-chedid,65387.php )   l'un de ses nombreux poèmes, le Rien :

J’ai traversé le Rien
Aux jours de mon enfance
Déchiffrant la mort
En nos corps d’argile
Et de brièveté
J’ai récusé l’orgueil
Disloqué les triomphes
Dévoilé notre escale
Et sa précarité

Cependant j’y ai cru
A nos petites existences
A ses saveurs d’orage
Aux foudres du bonheur
A ses éveils ses percées
Ses troubles ou ses silences
A ses fougues du présent
A ses forces d’espérance
Au contenu des heures

J’y ai cru tellement cru
Aux couleurs éphémères
Aux bienfaits de l’aube
Aux largesses des nuits
Oubliant que plus loin
Vers les courbures du temps
L’explosion fugace
Ne laissera aucune trace
De nos vies consumées

Et qu’un jour notre Planète
A bout de souffle
Se détruirait

in Rythmes, éd. Gallimard, 2003

A

 


"Ma mère m'a initié à l'idée d'être artiste" par Europe1fr

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07 février 2010

Petit jeu : de quel grand croyant est donc cette prière ?

Ô mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour
Et la blessure est encore vibrante,
Ô mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.

Ô mon Dieu, votre crainte m'a frappé
Et la brûlure est encor là qui tonne,
Ô mon Dieu, votre crainte m'a frappé.

Ô mon Dieu, j'ai connu que tout est vil
Et votre gloire en moi s'est installée,
Ô mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.

Noyez mon âme aux flots de votre Vin,
Fondez ma vie au Pain de votre table,
Noyez mon âme aux flots de votre Vin.

Voici mon sang que je n'ai pas versé,
Voici ma chair indigne de souffrance,
Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici mon front qui n'a pu que rougir,
Pour l'escabeau de vos pieds adorables,
Voici mon front qui n'a pu que rougir.

Voici mes mains qui n'ont pas travaillé,
Pour les charbons ardents et l'encens rare,
Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.

Voici mon coeur qui n'a battu qu'en vain,
Pour palpiter aux ronces du Calvaire,
Voici mon coeur qui n'a battu qu'en vain.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs,
Pour accourir au cri de votre grâce,
Voici mes pieds, frivoles voyageurs.

Voici ma voix, bruit maussade et menteur,
Pour les reproches de la Pénitence,
Voici ma voix, bruit maussade et menteur.

Voici mes yeux, luminaires d'erreur,
Pour être éteints aux pleurs de la prière,
Voici mes yeux, luminaires d'erreur.

Hélas ! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,
Quel est le puits de mon ingratitude,
Hélas ! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,

Dieu de terreur et Dieu de sainteté,
Hélas ! ce noir abîme de mon crime,
Dieu de terreur et Dieu de sainteté,

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,
Toutes mes peurs, toutes mes ignorances,
Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,

Vous connaissez tout cela, tout cela,
Et que je suis plus pauvre que personne,
Vous connaissez tout cela, tout cela,

Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.

et la réponse est ...voir la réponse donnée en commentaire..

et elle était pourtant si facile à trouver par un navigateur....

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18 juin 2009

Héphaïstos, Vulcain ou Gérard D ? Suis-je un mythe ?

Après avoir mené la révolte contre Saturne, mon père Jupiter et ses deux frères se partagèrent l'Univers. Mon oncle Neptune reçut l'Empire des Mers, Pluton les Enfers et mon père se réserva l'Olympe, occupant de ce fait le Palais des Dieux.

Une fois installé sur son trône, il décida de prendre une épouse, et son choix se porta sur Junon : elle accepta et devint la femme du maître de l'Olympe. Je naquis ainsi de leur union et fut appelé Vulcain. Il est à remarquer qu'avec mon frère Mars, nous fûmes les deux seuls enfants légitimes de Jupiter et Junon, nos autres demis frères et sœurs Minerve, Apollon, Diane, Mercure et Bacchus étant tous issus d'unions illégitimes de notre père.

Les chroniques de l'époque disent que j'étais un enfant sain, solide et vigoureux. Cependant j'avais un énorme défaut : contrairement aux habitudes de l'Olympe, j'étais laid, affreusement laid. Mes parents eurent honte de cette tare contraire aux normes de l'esthétique, ils décidèrent que je ne pouvais pas rester dans ce lieu et de me chasser du ciel.

Ils me jetèrent hors de l'Olympe, je tourbillonnai une journée entière dans le ciel pour tomber, à l'heure du coucher de Phébus, sur une petite ile de la mer Egée, Lemnos au large de Troie. Je tombai mal et en touchant le sol me cassai une jambe. Heureusement, de braves femmes habitaient là, elles me recueillirent et me soignèrent, mais ne purent me guérir tout-à-fait et ainsi je restai définitivement boiteux.

Je compensais ce défaut physique par mon intelligence et mon sens artistique. Ayant rencontré un nain forgeron, il m'apprit son métier. Je commençais par fabriquer des colliers, des bijoux, des bracelets : je les offrai en guise de remerciements aux femmes qui m'avaient recueilli et soigné. Je fis de rapides progrès et aimant faire des cadeaux, j'entrepris de fabriquer des articles de qualité que j'offrais aux membres de ma famille et à leurs amis : des flèches pour Apollon et sa sœur Diane, un sceptre en or pour mon père, une faucille pour Cérès ainsi que des armures pour Hercule et Achille. J'entrepris même la construction en série de fauteuils magiques que j'offris à chacun des Dieux, leur permettant ainsi de se rendre par eux-mêmes à leurs assemblées.

Toutes mes actions vinrent logiquement aux oreilles de Jupiter qui se prit à regretter son geste de rejet lors de ma naissance. Il décida d me nommer Dieu du Feu et Maitre des Cyclopes. Après cette nomination, je pouvais enfin revenir dans l'Olympe parmi les miens. Mais lors de mon retour, ils me firent un accueil ironique, même  ma mère me reçut avec un air moqueur. Je remerciai mon père de ma nomination et me jetant à ses pieds, je lui demandai l'honneur d'avoir une épouse. Il refusa, prétextant que toutes les déesses étaient déjà mariées.

Bien déçu, je retournai dans mon domaine. Après avoir réfléchi, il me vint une idée et je me mis au travail. Je fabriquai un trône extraordinaire orné de parures magnifiques, et revenu dans l'Olympe, je l'offris à ma mère Junon et retournai chez moi. Junon s'installa sur le trône mais ne put s'en relever, immobilisée par une nuée de fils invisibles ! Elle appela du secours, tous les Dieux accoururent pour la délivrer, mais sans succès. Junon décida de me faire chercher, j'arrivai dans une Olympe bouleversée mais posai mes conditions : je délivrerai ma mère que si j'obtenai la promesse de mon mariage avec une déesse, mais pas n'importe laquelle, la plus belle Vénus. Ma demande fut acceptée et je délivrai ma mère.

En devenant ma femme, Vénus devenait aussi reine du Feu et des Cyclopes, je l'emmenai dans mon royaume. Il faut dire que mon métier avait considérablement progressé, la qualité de mon travail faisait que je recevais des commandes de tous côtés, des Dieux, des demis-Dieux et même des mortels. Mon installation de l'île de Lemnos étant devenue insuffisante, et devant passer du stade artisanal au stade industriel, je pris possession des cavernes de l'Etna, utilisant le cratère du volcan en guise de forge. Je fis appel à des ouvriers spécialisés, une centaine de cyclopes dont le plus célèbre était Polyphème. Ces travailleurs infatigables n'avaient pas, certes , un physique très agréable : d'une taille colossale, avec un corps velu, une barbe hirsute, une chevelure broussailleuse, avec un seul œil au milieu du front caché par d'épais sourcils.

La charmante Vénus, frêle et délicate, ne put supporter cette vie souterraine parmi les brasiers , avec le bruit des forges, des marteaux sur les enclumes et de tels ouvriers...

Elle me trompa avec Mars, mais Apollon jaloux m'en prévint  : je tressai alors un immense filet pour capturer les deux amants et conviai tous les Dieux au spectacle. Mais ils moquèrent de moi et furieux je retournai dans mon domaine. De sa rencontre avec Mars, Vénus eut un fils Cupidon et elle me quitta pour se réfugier à Chypre.

J'eus également des démêlés avec Apollon, mon oncle Pluton s'étant plaint des succès médicaux du fils d'apollon, Esculape, à Jupiter ; ce dernier se servit alors de ma foudre pour frapper et détruire Esculape. Apollon pour se venger prit l'arc et les flèches dont je lui avais fait cadeau pour exterminer mes Cyclopes. Et il fut exilé hors du ciel par Jupiter.

J'étais connu dans tout le monde antique, notamment en Grèce sous le nom d'Héphaïstos, on m' a surnommé aussi le diable boiteux et encore de nos jours j'en porte le nom et les stigmates...

ps/ce texte a été rédigé à l'ancienne, sans aucune aide de recherche sur internet

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19 mai 2009

L'élixir pour les gorilles

Hier j'ai fouiné dans l'immense bibliothèque de ma vieille complice Carole-Eva : j'y ai déniché un livre intitulé CENT POEMES POUR L'ECOLOGIE édité au Cherche Midi en 1991. En feuilletant les pages, je suis tombé sur ce poème signé Pierre Ferran (1930-1989)

Autrefois c'était tout plein

De gorilles sur la terre :

Il y en avait des malins,

Des brutes, des terre à terre.

Les malins voulaient avoir

Pour eux  seuls toute la place ;

Dirent un jour : "Faudrait voir

A ce qu'on se débarrasse

De ces pauvres illetrés,

Sans nul esprit, malhabiles,

Chétifs, souffreteux, débiles,

Qui surpeuplent nos forêts !"

Finirent par réussir

A les chasser du royaume

A l'aide d'un élixir

Qui les transforma en hommes !

N'oublions pas désormais

Que chacun de nos semblables

Peut être un gorille mais

Est-ce que c'est reconnaissable ?

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20 avril 2009

Connaissez-vous la Belle Cordière ?

Louise Labé (1524 à Lyon - 25 avril 1566 à Parcieux-en-Dombes) est une poétesse française. Surnommée « La Belle Cordière », elle fait partie des poètes en activité à Lyon pendant la Renaissance.

ET POUR EN SAVOIR PLUS :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Lab%C3%A9  (cliquez sur ce lien direct)

Je vis, je meurs; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Sonnet VIII

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